La tenture de l’Apocalypse

La tenture de l’Apocalypse d’Angers est la plus ancienne tapisserie et la plus longue des tapisseries médiévales conservées : à l’origine, elle mesurait 140 mètres de long ! C’est donc une œuvre majeure de l’histoire de l’art, miraculeusement parvenue jusqu’à nous. 

Une bande dessinée avant l'heure

En 84 scènes,  la tenture raconte la vision que saint Jean a reçu et qu’il a consignée dans le dernier livre du Nouveau Testament, l’Apocalypse. Ce texte détaille la lutte du divin contre Satan jusqu’à la victoire finale et l’apparition de la Jérusalem Céleste, qui marquera la fin de l’Histoire et le salut de l’Humanité.  

À la manière d’une bande dessinée, la tenture illustre chaque épisode du récit  : la vision du Christ en gloire par saint Jean, l’apparition des cavaliers de l’Apocalypse, saint Michel combattant le dragon, la chute de Babylone…  

Pour que les scènes soient plus explicites, une bande de texte, aujourd’hui disparue, accompagnait chaque image.  

 

La chute de Babylone envahie par les démons. Pièce 5, scène 66 de la tenture de l'Apocalypse.

La chute de Babylone envahie par les démons. Pièce 5, scène 66 de la tenture de l'Apocalypse. Château d'Angers. 

Une commande princière

Cette tenture exceptionnelle a été commandée par Louis Ier d’Anjou, frère du roi Charles V, vers 1375. Il confie à un peintre de grand talent, Jean de Bruges, la réalisation des modèles. Ses compositions sont inspirées par l’iconographie des bibles enluminées.  

L’exécution de la tapisserie est orchestrée par Nicolas Bataille, un marchand de tapisserie, et réalisée dans l’atelier parisien de Robert Poinçon.  

Si la tenture est impressionnante par ses dimensions (c’est la plus importante commande de l’époque), elle l’est encore plus par la qualité de son exécution. Le tissage est très fin et surtout sans revers : alors que d’ordinaire, le dos des tapisseries laisse voir les fils abandonnés, la tenture de l’apocalypse est également lisible sur son envers !  

Cette particularité a une conséquence heureuse : le dos de la tapisserie ayant été protégé de la lumière pendant plusieurs siècles, les couleurs ont conservé leur éclat d’origine. Cela nous apporte un témoignage exceptionnel de la richesse des coloris des tapisseries médiévales.  

 

À gauche : La chute de Babylone envahie par les démons, détail d'un des démons. Pièce 5, scène 66 de la tenture de l'Apocalypse.
À droite : Septième sceau : les sept trompettes, détail des visages de deux anges musiciens. Envers de la pièce 2, scène 17 de la tenture de l'Apocalypse.

À quoi pouvait bien servir cette tapisserie ?

La destination originelle de la tapisserie reste un mystère : aucun lieu en Anjou n’était assez grand pour l’exposer tout entière. Œuvre d’apparat, on sait qu’elle était tendue lors des grandes cérémonies, comme en 1400, où, à l’occasion du mariage de Louis II d’Anjou avec Yolande d’Aragon, elle est déployée en plein air dans la cour de l’archevêché d’Arles. En 1480, René d’Anjou lègue la tenture à la cathédrale d’Angers, qui la conserve alors dans son trésor.  

 

Mais au XVIIIe siècle, la tenture, tombée dans l’oubli, n’est plus appréciée. En 1782, les chanoines cherchent à la vendre, sans succès. Elle est découpée et certains morceaux servent de bâches. Plusieurs scènes disparaissent à cette occasion.  

Fort heureusement, au milieu du XIXe siècle, un chanoine se passionne pour la tapisserie, qu’il reconstitue et restaure, contribuant ainsi à son sauvetage. Depuis 1954, la tenture de l’Apocalypse est exposée au public au château d’Angers où une galerie a été spécialement construite.   

 

Visiteurs devant la tenture de l'Apocalypse

En haute définition

Dans le cadre d'un partenariat avec le Google Art Project, trois panneaux de la tenture de l'Apocalypse ont été numérisés en très haute définition (Gigapixel). Partez à leur découverte en zoomant dans les images : 

- La Jérusalem Nouvelle : voir en HD
- Les myriades de cavaliers : voir en HD
- La femme reçoit des ailes : voir en HD 

 

Venez également la découvrir lors d'une visite ! 

Château d'Angers

Tenture de l’Apocalypse, réalisée à Paris entre 1375 et 1382. Château d’Angers, galerie de l’Apocalypse