Sept siècles d’histoire

L'art de la tapisserie rassemble sept siècle d'histoire ! Suivez le fil... 

Tenture de l’Apocalypse, réalisée à Paris entre 1375 et 1382. Château d’Angers, galerie de l’Apocalypse

Un art luxueux né à la fin du Moyen Âge

L’histoire de la tapisserie occidentale commence à la fin du Moyen Âge. La technique était connue depuis l’Antiquité, mais ce n’est qu’au XIVe siècle qu’un art de la tapisserie se développe véritablement, avec l’apparition de grandes tapisseries à scènes narratives, formant des tentures historiées.  En effet, les tapisseries sont rarement des pièces isolées : une tenture historiée rassemble plusieurs tapisseries qui figurent les différents épisodes d’une même histoire.

La tenture de l’Apocalypse, conservée au château d’Angers est l’un des plus anciens et monumentaux témoignages de cet art nouveau de la tapisserie : réalisée à Paris vers 1375, cette tenture mesurait à l’origine 140 mètres de long !

 

Deuxième trompette : le naufrage. Envers de la pièce 2, scène 21 de la tenture de l'Apocalypse du château d'Angers.
Photo : © Antoine Ruais / Centre des monuments nationaux

 

Le goût pour la tapisserie gagne rapidement la noblesse européenne : tendues sur les murs, les tapisseries isolent des courants d’air tout en formant d’agréables décors, qui témoignent de la richesse de leurs propriétaires. Dans les Flandres, plusieurs villes se spécialisent dans la production de tapisseries, comme Arras, Tournai et Bruxelles. Cette dernière va dominer le marché tout au long des XVe et XVIe siècles. 

 

Outre les grandes tentures historiées narrant la vie d’un saint ou un épisode de l’histoire ancienne, les hommes du Moyen Âge apprécient les tapisseries à scènes galantes qui illustrent de façon idéalisée la vie seigneuriale. D’élégantes figures se détachent sur un semi de fleurs, d’où le nom donné à ces tapisseries de « mille-fleurs ».

Les plus célèbres sont celles de la tenture de la Dame à la Licorne (Paris, musée du Moyen Âge), mais bien d’autres exemples peuvent être admirés, comme la Dame à l’orgue, conservée au château d’Angers.  

La dame à l’orgue, tapisserie du premier quart du XVIe siècle. Château d’Angers.

Un art renouvelé à la Renaissance

À l’aube du XVIe siècle, le renouvellement de l’art de la tapisserie vient d’Italie : vers 1515, Raphaël fournit aux lissiers bruxellois des cartons pour la tenture des Actes des Apôtres, destinée au Vatican. Leur dessin rompt complètement avec la tradition établie. À l’entassement des personnages dans des scènes très denses, on préfère désormais les compositions amples et aérées, mettant en scène des personnages monumentaux.   

 

La Prédication de saint Pierre

La prédication de Saint-Pierre, Charles Duruy d'après Raphaël. Palais du Tau à Reims. XIXe. 

L'âge d'or de la tapisserie au XVIIe siècle

La tapisserie connaît un nouvel âge d’or au cours du XVIIe siècle, notamment en France. Le pouvoir royal veut concurrencer la suprématie de la production flamande. En faisant venir des lissiers étrangers à Paris, Henri IV et Louis XIII encouragent le développement d’une production française.

L’action de Louis XIV est décisive : en 1662, son ministre Colbert fonde la manufacture des Gobelins, et deux ans plus tard, celle de Beauvais, qui porteront la tapisserie française au plus haut degré de perfection. Les meilleurs peintres parisiens œuvrent à cet essor comme Simon Vouet ou Charles Le Brun, à qui l’on doit les modèles des plus belles tapisseries françaises du XVIIe siècle.

Seize pièces d’après des cartons de Simon Vouet sont à admirer au château de Châteaudun. Le château de Villeneuve-Lembron, quant à lui, présente sept pièces de la tapisserie  de l’Histoire d’Alexandre, tissée à Aubusson d’après des modèles de Le Brun.  

Samson au festin des Philistins, tenture de l’Ancien Testament, exécutée à Paris vers 1641-1650 d’après un modèle de Simon Vouet. Château de Châteaudun.

Un art décoratif

Au XVIIIe siècle, les grandes tentures historiées passent de mode. Le goût est désormais aux intérieurs plus intimistes et les tapisseries doivent s’intégrer dans des décors dominés par les boiseries. Aux sujets historiques, les commanditaires préfèrent désormais les scènes champêtres (bergers et bergères, chasses) et les paysages exotiques, plus décoratifs.

 

La pêche. Pièce de la seconde tenture chinoise de la manufacture de Beauvais d'après les cartons de François Boucher. 

 

François Boucher et Jean-Baptiste Oudry fournissent aux manufactures des cartons très appréciés. Les progrès de la chimie offrent une palette de teintes  beaucoup plus large et la tapisserie imite au mieux la peinture.   

Un art toujours vivant à l'époque contemporaine

Si l’industrialisation accrue du secteur textile au cours du XIXe siècle vient concurrencer la pratique traditionnelle des lissiers, la tapisserie reste néanmoins un art vivant. Les grandes commandes de l’État et de l’Église permettent aux manufactures des Gobelins et de Beauvais de maintenir leur activité.

Les particuliers, eux aussi, témoignent d’un attachement à l’art de la tapisserie. Dès le milieu du XIXe siècle, des amateurs rassemblent d’importantes collections de tentures anciennes. Le goût pour les styles des siècles passés amène les manufactures à retisser des cartons anciens et à imiter les tapisseries médiévales. 

Tout au long de ce siècle, de nouveaux cartons sont également créés d’après les artistes contemporains, mais ce n’est qu’autour de 1900 qu’un véritable renouvellement esthétique se manifeste avec les créations des Nabis et l’émergence de l’Art Nouveau.  

Si Aubusson amorce un renouveau de la tapisserie dans l’entre-deux-guerres, c’est surtout après la Seconde Guerre mondiale que l’art de la tapisserie connaît un nouvel élan, notamment sous l’impulsion de Jean Lurçat. Il entend libérer la tapisserie du joug de la peinture et crée d’importants cartons qui renouent avec la tradition des grandes tentures tout en imposant une esthétique et des sujets nouveaux.  

Aujourd’hui, les manufactures des Gobelins et de Beauvais, toujours actives, entretiennent le savoir-faire traditionnel qu’elles mettent au service de la création contemporaine, tissant d’après les artistes majeurs de notre temps.